Sophie a 42 ans et travaille comme comptable dans une PME de la région lyonnaise. Mère de deux adolescents, elle menait une vie active jusqu’à ce qu’une douleur persistante dans le dos la pousse à consulter en mars 2022. Ce qui semblait être une simple lombalgie s’est révélé être une tumeur au rein gauche de 6 cm. Après une néphrectomie partielle réalisée en urgence, Sophie a dû réapprendre à vivre avec un seul rein fonctionnel. Aujourd’hui, deux ans après l’opération, elle partage avec nous son parcours, ses doutes, ses difficultés et surtout sa reconstruction. Un témoignage sans filtre qui aborde les aspects médicaux, psychologiques et pratiques de cette épreuve que traversent chaque année des milliers de patients en France.
📋 Sommaire de l’interview
- Comment as-tu découvert que tu avais un problème au rein ?
- Comment s’est passée l’annonce du diagnostic ?
- Quelle a été ta réaction et celle de tes proches ?
- Peux-tu nous décrire le déroulement de l’opération ?
- Comment s’est passé ton réveil et les premiers jours post-opératoires ?
- Quelles ont été les principales difficultés pendant ta convalescence ?
- As-tu rencontré des complications ou des séquelles durables ?
- Comment as-tu géré le retour au travail et à la vie quotidienne ?
- Quel suivi médical as-tu aujourd’hui ?
- Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui doit subir cette opération ?
🔍 Comment as-tu découvert que tu avais un problème au rein ?
Sophie : Tout a commencé par des douleurs dans le bas du dos que je mettais sur le compte de ma posture au bureau. J’ai consulté mon médecin traitant en pensant à une sciatique ou quelque chose de musculaire. Il m’a prescrit des anti-inflammatoires et du repos, mais rien n’y faisait. Au bout de trois semaines, comme la douleur persistait et que j’avais aussi remarqué du sang dans mes urines à deux reprises, il m’a envoyée faire une échographie abdominale.
C’est lors de cet examen que tout a basculé. La radiologue a froncé les sourcils en regardant l’écran et m’a dit qu’elle voyait quelque chose d’anormal sur mon rein gauche. Elle a immédiatement demandé un scanner pour le lendemain. Je me souviens être sortie de là complètement sonnée, sans vraiment comprendre ce qui m’arrivait. Le scanner a confirmé la présence d’une masse de 6 cm sur le pôle supérieur de mon rein gauche. Le radiologue m’a parlé de tumeur suspecte et m’a orientée vers un urologue en urgence. Entre l’échographie et le rendez-vous avec l’urologue, il s’est écoulé moins d’une semaine, mais j’ai l’impression que ça a duré une éternité.
💬 Comment s’est passée l’annonce du diagnostic ?
Sophie : L’annonce a été brutale malgré les précautions de l’urologue. Il a étudié mes images pendant quelques minutes, puis m’a regardée droit dans les yeux en me disant : « Madame, vous avez une tumeur rénale qui présente toutes les caractéristiques d’un carcinome. Il faut opérer rapidement. » J’étais accompagnée de mon mari, heureusement, parce que j’ai eu l’impression que tout s’effondrait autour de moi. Le mot cancer n’a pas été prononcé immédiatement, mais on a tous compris.
Le médecin nous a expliqué qu’il fallait faire une IRM pour vérifier qu’il n’y avait pas de métastases et qu’ensuite, il faudrait procéder à une néphrectomie, c’est-à-dire retirer une partie ou la totalité du rein. Il a été honnête en disant qu’il ne pourrait décider qu’au moment de l’opération s’il pouvait préserver une partie du rein ou s’il devait tout enlever. J’avais 42 ans, deux enfants de 14 et 16 ans, et on me parlait de cancer et d’ablation d’organe. C’était surréaliste.
Ce qui m’a le plus marquée, c’est le manque de temps pour digérer l’information. Entre le diagnostic et l’opération, il s’est écoulé seulement trois semaines. D’un côté, c’était rassurant de savoir qu’on agissait vite, mais d’un autre côté, je n’ai pas eu le temps de me préparer psychologiquement. Tout est allé tellement vite que j’ai eu l’impression d’être sur un tapis roulant sans pouvoir descendre.
❤️ Quelle a été ta réaction et celle de tes proches ?
Sophie : Ma première réaction a été le déni. Je me disais que ce n’était pas possible, qu’il devait y avoir une erreur. J’étais en bonne santé, je ne fumais pas, je faisais attention à mon alimentation. Pourquoi moi ? Puis est venue la peur, une peur viscérale de mourir, de laisser mes enfants sans mère. J’ai passé plusieurs nuits blanches à pleurer et à imaginer le pire. Mon mari a été mon roc. Il a pris les choses en main, organisé les rendez-vous, cherché des informations, tout en essayant de me rassurer.
Pour les enfants, on a décidé d’être transparents tout en les protégeant. On leur a expliqué que maman avait une tumeur au rein, qu’elle allait être opérée, mais qu’on allait tout faire pour que ça se passe bien. Ma fille, l’aînée, a beaucoup pleuré et est devenue très protectrice. Mon fils a eu une réaction plus fermée, il s’est replié sur lui-même. Avec le recul, je pense qu’on aurait dû les accompagner davantage psychologiquement, peut-être avec un psychologue spécialisé.
Mes parents ont été effondrés. Ma mère en particulier, qui a perdu sa propre sœur d’un cancer il y a dix ans. Elle voyait tout en noir et j’ai dû la rassurer alors que j’étais moi-même terrifiée. Mes amis proches ont été d’un soutien incroyable, présents sans être envahissants. Certaines personnes ont disparu des radars, d’autres que je ne connaissais pas bien se sont révélées d’une gentillesse extraordinaire. Le cancer, ça trie les relations, c’est sûr.
🏥 Peux-tu nous décrire le déroulement de l’opération ?
Sophie : L’opération était programmée un mardi matin à 8h. Je devais être à jeun depuis minuit et j’avais passé la nuit précédente à l’hôpital. Je n’ai pratiquement pas dormi, entre le stress et les bruits de l’hôpital. Le matin, une infirmière est venue me préparer, m’a posé une perfusion et m’a donné une prémédication pour me détendre. Mon mari était là jusqu’au dernier moment avant qu’on m’emmène au bloc.
Le chirurgien m’avait expliqué qu’il allait tenter une néphrectomie partielle par cœlioscopie, c’est-à-dire retirer uniquement la tumeur en passant par de petites incisions. Mais il m’avait prévenue que si la tumeur était trop infiltrée ou mal positionnée, il devrait soit élargir l’incision, soit retirer tout le rein. J’avais signé les consentements pour les deux éventualités. L’anesthésiste a été très rassurant, il m’a expliqué chaque étape et m’a promis qu’il serait là tout le temps.
L’opération a finalement duré 5 heures. Le chirurgien a réussi à préserver une petite partie du rein, mais a dû retirer environ 70% de l’organe. Il a procédé par une incision élargie sur le côté gauche car la tumeur était plus complexe que prévu. Apparemment, elle était très vascularisée et il a fallu clamper l’artère rénale pendant un moment, ce qui comporte toujours des risques. Quand je me suis réveillée en salle de réveil, la première chose que j’ai demandée c’était si tout était enlevé. L’infirmière m’a confirmé que oui et que l’opération s’était bien passée.
😰 Comment s’est passé ton réveil et les premiers jours post-opératoires ?
Sophie : Le réveil a été très difficile. J’avais mal partout, surtout au niveau de l’incision qui me brûlait. J’avais des drains qui sortaient de mon ventre, une sonde urinaire, un cathéter pour la morphine, des perfusions… Je me sentais complètement dépendante et diminuée. Les premières 48 heures, j’étais en soins intensifs sous surveillance constante. J’avais des nausées à cause de l’anesthésie et je ne pouvais rien avaler. La douleur était gérée par morphine, mais ça me donnait des hallucinations et une sensation de confusion très désagréable.
Le plus dur a été le premier lever, 24 heures après l’opération. L’infirmière m’a aidée à me mettre debout et j’ai cru que j’allais m’évanouir. Tout tirait, j’avais l’impression que mes points allaient lâcher. On m’a fait faire trois pas jusqu’au fauteuil et je tremblais de partout. Mais apparemment, c’est essentiel de se lever rapidement pour éviter les complications comme les phlébites ou les problèmes pulmonaires. Les jours suivants, on m’a fait marcher un peu plus chaque jour dans le couloir.
J’ai été hospitalisée pendant 8 jours au total. Les nuits étaient interminables, entre les prises de tension toutes les 4 heures, les douleurs et l’angoisse. J’ai eu une petite fièvre le troisième jour qui a inquiété l’équipe, mais finalement ce n’était rien de grave. Le retrait de la sonde urinaire a été un moment très attendu mais aussi très douloureux. Et ensuite, j’ai eu du mal à uriner normalement pendant plusieurs jours, ce qui était très angoissant. On m’a rassurée en me disant que c’était fréquent après ce type d’intervention.
🏠 Quelles ont été les principales difficultés pendant ta convalescence ?
Sophie : La convalescence à domicile a été bien plus longue et difficile que ce que j’avais imaginé. Le chirurgien m’avait parlé de 4 à 6 semaines de repos, mais en réalité, il m’a fallu presque 4 mois pour me sentir à peu près normale. Les premières semaines, je ne pouvais rien faire seule. Mon mari a pris un congé pour s’occuper de moi et des enfants. Je ne pouvais pas porter plus de 2 kilos, ce qui signifie pas de courses, pas de ménage, pas de cuisine vraiment.
La fatigue était écrasante. Je dormais 12 heures par nuit et faisais encore des siestes dans la journée. Monter les escaliers me laissait essoufflée. J’avais aussi des douleurs persistantes au niveau de la cicatrice et des sensations bizarres, comme si on me tirait de l’intérieur. L’infirmière qui venait refaire mon pansement m’a expliqué que c’était normal, que les tissus devaient cicatriser en profondeur et que ça pouvait prendre des mois.
Sur le plan psychologique, j’ai traversé une période très sombre vers la troisième semaine. Une fois que l’urgence était passée et que tout le monde avait repris sa vie normale, je me suis retrouvée seule avec mes pensées. J’ai fait plusieurs crises d’angoisse, persuadée que le cancer allait revenir ou qu’on avait raté quelque chose. J’ai fini par consulter une psychologue spécialisée en oncologie, ce qui m’a énormément aidée. Elle m’a fait comprendre que ce que je vivais était normal et qu’il fallait du temps pour accepter ce qui m’était arrivé.
⚠️ As-tu rencontré des complications ou des séquelles durables ?
Sophie : J’ai eu quelques complications, heureusement pas trop graves. Environ trois semaines après l’opération, j’ai développé un hématome au niveau de la cicatrice qui a nécessité une ponction. C’était très douloureux et ça m’a vraiment fait peur. Le chirurgien m’a rassurée en me disant que ça arrive parfois et que ce n’était pas grave, mais sur le moment, j’ai cru que tout recommençait.
J’ai aussi eu des problèmes urinaires pendant plusieurs mois. Des envies fréquentes, une sensation de ne pas vider complètement ma vessie, et même quelques fuites lors d’efforts. C’était très gênant et je n’osais pas trop en parler. C’est mon médecin traitant qui m’a orientée vers un kinésithérapeute spécialisé en rééducation périnéale. Après quelques séances, les choses se sont améliorées, mais ça a pris du temps.
Aujourd’hui, deux ans après, j’ai encore quelques séquelles. Ma cicatrice reste sensible et me tire parfois, surtout quand il fait froid ou humide. J’ai une zone d’engourdissement sur le côté gauche qui ne reviendra probablement jamais à la normale, les nerfs ayant été sectionnés. Je fatigue plus vite qu’avant et je dois faire très attention à mon rein restant. Plus d’anti-inflammatoires pour moi, une hydratation constante, et une surveillance régulière de ma fonction rénale. J’ai aussi développé une hypertension artérielle légère que je contrôle avec un traitement. Le chirurgien m’a expliqué que c’était fréquent après une néphrectomie, même partielle.
💼 Comment as-tu géré le retour au travail et à la vie quotidienne ?
Sophie : Le retour au travail a été progressif et franchement difficile. J’ai été en arrêt total pendant 3 mois, puis j’ai repris à mi-temps thérapeutique pendant 2 mois supplémentaires. Mon employeur a été compréhensif, mais j’ai senti une certaine pression, surtout de la part de certains collègues qui ne comprenaient pas pourquoi je mettais autant de temps à revenir. Plusieurs personnes m’ont fait des réflexions du genre « Mais tu as l’air en forme, pourquoi tu ne reprends pas à temps plein ? »
Ce qu’ils ne voyaient pas, c’est que derrière mon apparence normale, j’étais épuisée. Les premières semaines de reprise, je rentrais chez moi et je m’écroulais sur le canapé. Je n’avais plus d’énergie pour rien d’autre. Mon poste de comptable nécessite beaucoup de concentration, et j’ai découvert que j’avais des problèmes de mémoire et de concentration que je n’avais pas avant. Je devais tout noter, faire des listes pour ne rien oublier. C’était très frustrant.
Dans la vie quotidienne, j’ai dû réapprendre à faire les choses différemment. Porter les courses était compliqué, alors j’ai commencé à me faire livrer. Le ménage me fatiguait vite, alors on a décidé de prendre une aide ménagère deux fois par mois. J’ai aussi dû abandonner certaines activités physiques que je pratiquais avant, comme le running. Maintenant, je fais de la marche nordique et de la natation, des activités plus douces pour mon corps. Il a fallu accepter que je n’étais plus exactement la même personne qu’avant, et ça, c’est un travail sur soi qui prend du temps.
🔬 Quel suivi médical as-tu aujourd’hui ?
Sophie : Mon suivi médical est assez lourd, surtout les premières années. La première année, je voyais mon urologue tous les 3 mois avec à chaque fois une prise de sang pour vérifier ma fonction rénale et un scanner thoraco-abdominal tous les 6 mois. C’était très angoissant, chaque examen était une source de stress intense. J’attendais les résultats dans une anxiété terrible, persuadée qu’on allait trouver quelque chose.
Maintenant, deux ans après l’opération, le rythme s’est un peu espacé. Je vois l’urologue tous les 6 mois et je fais un scanner une fois par an. Entre deux, je fais des prises de sang tous les 3 mois pour surveiller ma créatinine et mon DFG (débit de filtration glomérulaire), qui sont les indicateurs de la fonction rénale. Mon médecin traitant suit aussi ma tension artérielle de près car elle a tendance à monter.
L’analyse de la tumeur a montré qu’il s’agissait bien d’un carcinome rénal à cellules claires de grade 2. Les marges étaient saines, ce qui signifie qu’ils ont tout enlevé, et il n’y avait pas de métastases. C’est ce qui fait que je n’ai pas eu besoin de chimiothérapie ou d’immunothérapie. Mais je sais que je ne serai jamais vraiment « guérie ». On parle de rémission, et je devrai être surveillée pendant au moins 5 ans, voire toute ma vie. C’est quelque chose avec lequel j’apprends à vivre. Chaque scanner est un cap à passer, mais avec le temps, l’angoisse diminue un peu.
💡 Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui doit subir cette opération ?
Sophie : Le premier conseil que je donnerais, c’est de ne pas rester seul face à cette épreuve. Que ce soit avec un psychologue, un groupe de parole, une association de patients, il faut trouver un espace pour exprimer ses peurs et ses angoisses. Moi, j’ai mis du temps à consulter une psy et je regrette de ne pas l’avoir fait plus tôt. Parler à des gens qui sont passés par là aide énormément à relativiser et à comprendre qu’on n’est pas seul.
Ensuite, il faut être patient avec son corps et accepter que la récupération prenne du temps. On vit dans une société où on nous pousse à être performants et à rebondir vite, mais après une néphrectomie, le corps a besoin de temps pour guérir. Ne vous comparez pas aux autres, chaque personne récupère à son rythme. Et surtout, écoutez votre corps : si vous êtes fatigué, reposez-vous. Si vous avez mal, ne faites pas le héros, prenez vos antalgiques.
Je conseillerais aussi de bien préparer le retour à la maison avant l’opération. Organisez-vous pour avoir de l’aide les premières semaines, que ce soit pour les courses, le ménage, la cuisine ou les enfants si vous en avez. Préparez votre maison aussi : installez tout ce dont vous aurez besoin à portée de main, évitez d’avoir à monter et descendre les escaliers trop souvent. Et n’hésitez pas à poser toutes vos questions à l’équipe médicale, même celles qui vous semblent bêtes. C’est important de comprendre ce qui va se passer et ce à quoi s’attendre.
Enfin, je dirais qu’il faut garder espoir. Oui, c’est une épreuve difficile, oui, ça change la vie, mais on peut continuer à vivre pleinement après une néphrectomie. Aujourd’hui, je profite différemment de la vie. Je prends le temps de savourer les petits moments avec ma famille, je ne me prends plus la tête pour des broutilles. Cette épreuve m’a appris à relativiser et à me concentrer sur l’essentiel. Et ça, c’est précieux.
📌 Points clés à retenir sur l’ablation du rein
- Diagnostic : Souvent découvert fortuitement lors d’examens d’imagerie (échographie, scanner)
- Types d’intervention : Néphrectomie partielle (préservation d’une partie) ou totale selon la taille et la localisation de la tumeur
- Hospitalisation : Généralement entre 5 et 10 jours selon les complications
- Convalescence : Repos de 4 à 12 semaines, récupération complète pouvant prendre plusieurs mois
- Vie avec un seul rein : Possible et compatible avec une vie normale, mais nécessite une surveillance régulière et des précautions (hydratation, éviter certains médicaments)
- Suivi médical : Examens réguliers pendant au moins 5 ans (imagerie, fonction rénale, tension artérielle)
- Soutien psychologique : Essentiel pour traverser cette épreuve et gérer l’après-opération
Merci infiniment à Sophie d’avoir accepté de partager son témoignage avec autant de sincérité et de détails. Son récit montre que derrière chaque opération se cache un parcours humain fait de peurs, de doutes, mais aussi de résilience et d’espoir. Si tu es concerné par une néphrectomie, n’hésite pas à en parler autour de toi et à chercher du soutien. Tu n’es pas seul dans cette épreuve, et comme Sophie, tu peux traverser cette tempête et retrouver une vie épanouie.
