homme-moyen-age-jardin-fleuri
Blog

Témoignage après Opération Prostate : Retours de Patients

Marc, 62 ans, cadre commercial à la retraite depuis deux ans, a été diagnostiqué d’un cancer de la prostate en 2021. Marié et père de deux enfants adultes, il a choisi la prostatectomie radicale après avoir longuement pesé les différentes options thérapeutiques. Aujourd’hui, trois ans après son opération, il partage son parcours avec authenticité et sans tabou, abordant aussi bien les aspects médicaux que les conséquences sur sa vie intime et quotidienne. Son témoignage se veut rassurant tout en restant réaliste sur les défis rencontrés.

📋 Sommaire de l’interview

🔍 Comment as-tu découvert que tu avais un cancer de la prostate ?

Marc : Tout a commencé de manière assez banale, lors d’une visite de routine chez mon médecin traitant en mars 2021. J’avais 59 ans à l’époque. J’allais le voir pour un simple contrôle annuel, sans symptômes particuliers. Mon médecin m’a prescrit une prise de sang complète, incluant le fameux dosage du PSA. Je dois avouer que je ne savais même pas vraiment ce que c’était avant.

Quelques jours plus tard, il m’a rappelé pour me dire que mon PSA était à 6,8, ce qui était légèrement au-dessus de la normale pour mon âge. Il m’a orienté vers un urologue pour approfondir. L’urologue a d’abord fait un toucher rectal, puis a décidé de programmer une biopsie parce qu’il sentait une petite zone suspecte. C’est cette biopsie qui a confirmé le cancer, avec un score de Gleason de 3+4, soit 7 sur 10. Le cancer était localisé dans le lobe droit de la prostate, sans extension apparente. Paradoxalement, je n’avais aucun symptôme urinaire, aucune douleur, rien. C’est ce qui rend cette maladie si sournoise.

😰 Quelle a été ta réaction à l’annonce du diagnostic ?

Marc : Je me souviens très bien de ce moment. L’urologue m’a annoncé les résultats de la biopsie dans son cabinet, ma femme était avec moi. Quand il a prononcé le mot « cancer », j’ai eu l’impression que le sol se dérobait sous mes pieds. Même si on se dit qu’on est préparé, qu’on s’y attend un peu, entendre ce mot fait un choc terrible.

Ma première pensée a été pour mes enfants et ma femme. Je me suis dit : « Je ne vais pas les voir grandir, je vais mourir. » C’est irrationnel avec le recul, mais sur le moment, c’est viscéral. Heureusement, l’urologue a tout de suite précisé que c’était un cancer localisé, détecté assez tôt, et qu’il existait plusieurs options de traitement avec de très bons taux de réussite. Ça m’a un peu rassuré, mais les jours suivants ont été très difficiles émotionnellement.

J’ai traversé toutes les phases : le déni, la colère, la peur, puis progressivement l’acceptation. Ma femme a été d’un soutien incroyable. Elle m’a aidé à me ressaisir et à me concentrer sur les solutions plutôt que sur le problème. On a décidé ensemble de prendre le temps de bien s’informer avant de choisir un traitement. Je pense que c’est essentiel de ne pas se précipiter quand le cancer est localisé et qu’on a cette marge de manœuvre.

🤔 Comment as-tu choisi ton traitement parmi toutes les options ?

Marc : C’est probablement la phase la plus difficile de tout le parcours. Il existe tellement d’options pour traiter le cancer de la prostate : la chirurgie, la radiothérapie externe, la curiethérapie, l’hormonothérapie, et même la surveillance active dans certains cas. Chaque médecin que je consultais semblait avoir sa préférence, ce qui ne facilitait pas les choses.

J’ai commencé par faire mes propres recherches sur internet, mais attention, c’est une arme à double tranchant. On trouve tout et son contraire, et on peut vite tomber dans l’angoisse. J’ai donc décidé de consulter plusieurs spécialistes pour avoir différents avis. Mon urologue recommandait la prostatectomie radicale. J’ai aussi vu un radiothérapeute qui me proposait la radiothérapie externe combinée à une hormonothérapie courte. Un troisième médecin m’a parlé de la curiethérapie.

Finalement, j’ai opté pour la chirurgie pour plusieurs raisons. D’abord, à 59 ans, j’étais en bonne forme physique et je pouvais supporter l’opération. Ensuite, le fait d’enlever complètement la prostate me rassurait psychologiquement : je voulais être débarrassé de cette tumeur. Enfin, mon chirurgien était très expérimenté et m’a expliqué qu’il ferait tout pour préserver les nerfs érecteurs. La décision s’est prise avec ma femme, après avoir pesé tous les pour et les contre. Ce n’était pas évident, mais je ne regrette pas ce choix.

🏥 Peux-tu nous raconter comment s’est passée l’opération ?

Marc : L’opération a eu lieu en septembre 2021, soit six mois après le diagnostic. J’avais choisi de la faire dans un grand hôpital universitaire avec un chirurgien réputé spécialisé dans la chirurgie robotique. La veille de l’opération, j’étais très angoissé, je ne vais pas mentir. On sait qu’on va subir une intervention lourde, avec des conséquences potentielles sur la continence et la sexualité.

L’intervention a duré environ trois heures et demie. Le chirurgien a utilisé la technique de prostatectomie radicale par robot Da Vinci, ce qui est moins invasif qu’une chirurgie ouverte classique. Il a réussi à préserver les deux bandelettes nerveuses, ce qui était une bonne nouvelle pour la récupération de la fonction érectile. L’analyse de la prostate retirée a montré que le cancer était bien localisé, sans extension au-delà de la capsule, et avec des marges chirurgicales saines. C’était le meilleur scénario possible.

Je suis resté hospitalisé quatre jours. Les premiers jours ont été inconfortables à cause de la sonde urinaire et des douleurs post-opératoires, mais rien d’insupportable avec les antalgiques. Le personnel soignant était vraiment aux petits soins. On m’a retiré la sonde au bout de dix jours, et c’est là que les vrais défis ont commencé.

⏱️ Quelles ont été les premières semaines après l’intervention ?

Marc : Les premières semaines post-opératoires ont été physiquement et psychologiquement éprouvantes. Dès le retrait de la sonde, j’ai été confronté au problème de l’incontinence urinaire. C’est quelque chose dont on te parle avant, mais vivre la réalité, c’est autre chose. Les premières semaines, je n’avais pratiquement aucun contrôle, surtout lors des changements de position ou des efforts.

J’ai dû porter des protections jour et nuit. C’était vraiment difficile à accepter pour un homme actif comme moi. Je me sentais diminué, dépendant. Heureusement, on m’avait prévenu que c’était temporaire dans la majorité des cas. J’ai commencé la rééducation périnéale avec un kinésithérapeute spécialisé dès la troisième semaine. C’était essentiel.

Côté douleur, j’avais surtout des tiraillements au niveau du ventre et du périnée. Rien d’insupportable, mais suffisant pour limiter mes activités. J’étais fatigué aussi, beaucoup plus que je ne l’imaginais. Il m’a fallu un bon mois avant de retrouver un semblant d’énergie. Moralement, j’alternais entre des moments d’optimisme et des coups de blues. Ma femme et mes enfants ont été formidables pendant cette période. Sans leur soutien, ça aurait été bien plus dur.

💧 Comment as-tu géré les problèmes d’incontinence ?

Marc : L’incontinence a été mon plus gros défi après l’opération. Au début, c’était vraiment décourageant. Je changeais de protection plusieurs fois par jour, je n’osais plus sortir de chez moi de peur d’avoir un accident. C’est très difficile à vivre psychologiquement, surtout quand on a toujours été autonome et actif.

La rééducation périnéale a été déterminante. Mon kiné m’a appris à identifier et à contracter les bons muscles du plancher pelvien. Au début, je ne sentais même pas ces muscles, c’était frustrant. Mais avec la pratique quotidienne des exercices, les progrès sont venus progressivement. J’ai fait deux séances par semaine pendant trois mois, plus des exercices quotidiens à la maison.

Au bout de six semaines, j’ai commencé à avoir un meilleur contrôle en journée. Après trois mois, je ne portais plus de protection que la nuit et lors d’efforts importants. À six mois, j’étais continent à 95% du temps. Aujourd’hui, à trois ans de l’opération, je n’ai plus aucun problème, sauf occasionnellement lors d’un fou rire ou d’un éternuement violent. C’est vraiment négligeable et je n’ai plus besoin de protection.

Mon conseil : ne pas se décourager, être patient et rigoureux avec les exercices. La récupération prend du temps, mais elle arrive dans la grande majorité des cas. Et ne pas hésiter à en parler avec son médecin et son kiné, ils sont là pour aider.

❤️ Qu’en est-il de ta vie sexuelle après l’opération ?

Marc : C’est probablement le sujet le plus délicat et le plus tabou, mais il est important d’en parler franchement. Après l’opération, j’ai connu une période d’impuissance totale qui a duré plusieurs mois. Même avec du Viagra ou du Cialis, rien ne se passait. C’était très difficile à vivre, tant pour moi que pour mon couple.

Mon urologue m’avait prévenu que malgré la préservation des nerfs, il fallait compter entre 12 et 24 mois pour une récupération, et que ce n’était pas garanti à 100%. Il m’a prescrit du Cialis à prendre régulièrement pour favoriser l’oxygénation des tissus et la récupération nerveuse. Il m’a aussi parlé des injections intra-caverneuses, mais j’ai préféré attendre.

Les premiers signes encourageants sont apparus vers le septième mois : quelques tumescences nocturnes, encore faibles mais présentes. Vers un an, avec le Cialis, j’ai commencé à avoir des érections partielles, suffisantes pour une pénétration avec beaucoup de patience et de complicité avec ma femme. Aujourd’hui, à trois ans, je dirais que j’ai récupéré environ 70 à 80% de ma fonction érectile. Ce n’est pas comme avant, les érections sont moins spontanées et moins rigides, mais avec une aide médicamenteuse, notre vie intime est satisfaisante.

L’important, c’est la communication dans le couple. Ma femme a été incroyablement patiente et compréhensive. On a dû réinventer notre intimité, explorer d’autres formes de plaisir. C’est un chemin qu’on parcourt ensemble, et finalement, ça nous a rapprochés.

👨‍👩‍👧‍👦 Quelles ont été les réactions de ton entourage ?

Marc : J’ai eu la chance d’avoir un entourage vraiment soutenant, même si les réactions ont été variées. Ma femme a été mon pilier absolu. Dès l’annonce du diagnostic, elle s’est impliquée totalement, m’accompagnant à tous les rendez-vous médicaux, se documentant autant que moi, et me soutenant moralement dans les moments difficiles. Sans elle, je ne sais pas comment j’aurais traversé cette épreuve.

Mes enfants, qui avaient 28 et 32 ans au moment du diagnostic, ont d’abord été très inquiets. Mon fils a même insisté pour venir avec moi à certaines consultations. Je pense que ça leur a fait prendre conscience de leur propre vulnérabilité et de l’importance du dépistage. Mon fils se fait maintenant contrôler régulièrement, même s’il n’a que 35 ans, à cause de l’antécédent familial.

Côté amis et collègues, j’ai choisi d’en parler ouvertement. Certains ont été gênés, ne sachant pas quoi dire, d’autres au contraire se sont confiés sur leurs propres peurs ou expériences. J’ai été surpris de découvrir combien d’hommes autour de moi avaient été touchés par ce cancer ou connaissaient quelqu’un dans ce cas. Ça m’a aidé de ne pas me sentir seul.

Le plus touchant, ce sont ces amis qui ont pris des nouvelles régulièrement, sans être intrusifs, juste présents. Ces petits gestes comptent énormément quand on traverse une telle épreuve.

💡 Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui vient d’être diagnostiqué ?

Marc : Mon premier conseil, c’est de ne pas paniquer et de ne pas se précipiter. Le cancer de la prostate, dans la majorité des cas, évolue lentement. Tu as le temps de t’informer, de consulter plusieurs médecins, de peser les options. Prends ce temps, c’est crucial pour faire le bon choix pour toi.

Deuxièmement, fais-toi accompagner. Que ce soit par ton conjoint, un ami, un membre de ta famille, ne traverse pas ça seul. Avoir quelqu’un à tes côtés lors des consultations permet d’avoir un deuxième regard, de poser des questions qu’on n’aurait pas pensé à poser soi-même.

Troisièmement, informe-toi, mais intelligemment. Internet est une mine d’informations, mais aussi de désinformation. Privilégie les sites médicaux reconnus, les associations de patients, et surtout, discute de ce que tu trouves avec ton médecin. Ne te laisse pas submerger par les témoignages catastrophiques qu’on trouve parfois en ligne.

Quatrièmement, prépare-toi mentalement aux conséquences du traitement, quelles qu’elles soient. L’incontinence et les troubles érectiles sont des réalités possibles, mais temporaires dans la plupart des cas. Accepte que la récupération prendra du temps et sois patient avec toi-même.

Enfin, n’hésite pas à demander un soutien psychologique si tu en ressens le besoin. J’ai personnellement consulté un psychologue pendant quelques mois après l’opération, et ça m’a vraiment aidé à gérer mes angoisses et mes frustrations. Ce n’est pas une faiblesse, c’est prendre soin de soi.

🔄 Avec le recul, referais-tu les mêmes choix ?

Marc : Oui, sans hésitation. Avec le recul de trois ans, je suis convaincu d’avoir fait les bons choix. Opter pour la chirurgie était la meilleure décision pour moi, compte tenu de mon âge, de ma condition physique et de la nature de mon cancer. Aujourd’hui, mon PSA est indétectable depuis l’opération, ce qui signifie qu’il n’y a aucun signe de récidive. C’est un immense soulagement.

Bien sûr, le parcours a été difficile. Les premiers mois post-opératoires ont été éprouvants, avec l’incontinence et l’impuissance. Mais ces difficultés étaient temporaires, et aujourd’hui, ma qualité de vie est excellente. Je fais du sport, je voyage, je profite de mes petits-enfants, et ma vie de couple est épanouie.

Si je devais changer quelque chose, ce serait peut-être de m’être davantage préparé psychologiquement aux conséquences post-opératoires. Même si on m’en avait parlé, je n’avais pas vraiment mesuré l’impact émotionnel de l’incontinence et des troubles érectiles. Avoir consulté un psychologue dès le début aurait peut-être facilité les choses.

Ce que je retiens surtout, c’est l’importance du dépistage précoce. Si je n’avais pas fait ce contrôle de routine, le cancer aurait continué à évoluer silencieusement, et le pronostic aurait pu être bien différent. Aujourd’hui, je suis un fervent défenseur du dépistage et j’encourage tous les hommes de mon entourage à se faire contrôler régulièrement à partir de 50 ans, voire 45 ans s’il y a des antécédents familiaux.

Cette expérience m’a aussi appris à relativiser, à profiter de chaque instant, et à ne plus remettre à demain ce qui peut être fait aujourd’hui. Le cancer change votre perspective sur la vie, et finalement, ce n’est pas forcément une mauvaise chose.

📌 Points clés à retenir du témoignage de Marc

  • Dépistage : Cancer découvert lors d’un contrôle de routine à 59 ans grâce au dosage du PSA
  • Diagnostic : Cancer localisé, score de Gleason 3+4 (7/10), sans extension
  • Traitement choisi : Prostatectomie radicale par robot Da Vinci avec préservation des nerfs
  • Incontinence : Problème majeur les premiers mois, résolu à 95% après 6 mois grâce à la rééducation
  • Fonction érectile : Récupération progressive sur 18-24 mois, environ 70-80% avec aide médicamenteuse
  • Résultat oncologique : PSA indétectable depuis 3 ans, aucun signe de récidive
  • Qualité de vie actuelle : Excellente, vie active et épanouie
  • Message principal : L’importance du dépistage précoce et de ne pas se précipiter dans le choix du traitement

Merci à Marc d’avoir accepté de partager son expérience avec autant de franchise et de générosité. Son témoignage montre qu’un cancer de la prostate détecté à temps peut être traité efficacement, même si le chemin de la récupération demande patience et persévérance. Son message d’espoir et ses conseils pratiques seront certainement utiles à de nombreux hommes confrontés au même diagnostic. N’oubliez pas : le dépistage sauve des vies, et vous n’êtes jamais seul dans cette épreuve.

Vous pourriez également aimer...